C’est en 1864 que va disparaître le délit de coalition, sans pour autant que soient autorisés officiellement les syndicats. Le droit de grève est enfin reconnu mais il reste dissuasif car il rompt le contrat de travail…

Les dirigeants de l’empire ont été à l’évidence inspirés par l’exemple britannique. Dans ce pays, l’industrialisation à pris une sérieuse avance malgré (ou grâce à) l’institutionnalisation des chambres syndicales. Ne vaut-il pas mieux avoir des organisations déclarées, donc mieux contrôlées, que des mouvements clandestins, noyautés par des courants idéologiques révolutionnaires ?

Les chambres syndicales seront donc tolérées à partir de 1866. Néanmoins, si les grèves se multiplient, l’organisation est rarement antérieure aux mouvements qui restent le plus souvent spontanés.

1864, c’est aussi la naissance à Londres de la 1er Association Internationale des Travailleurs. Il n’y a pas encore en France de distinction entre syndicats et partis, les deux étant de fait interdits.

La Commune sera un élément marquant de cette période. Elle naîtra, à Paris et dans quelques villes de province, du fait d’une vacance du pouvoir, discrédité par sa reddition devant l’ennemi. Le nationalisme, le patriotisme, l’honneur, seront le ferment d’une nouvelle « révolution » fortement influencée par les thèses anarchistes. Mais la prise de pouvoir dans l’improvisation ne permettra pas la fédération des initiatives et la révolte sera noyée dans le sang avec le concours de tous ceux que les thèses des « partageux » effarouchent.

La commune, saluée par Marx comme « la forme la plus accomplie de la révolution prolétarienne » le conforte dans l’idée que la révolution doit passer par quatre phases : la phase violente pour renverser le pouvoir en place, la « dictature du prolétariat » pour éviter la contre révolution, le socialisme avec la relance de la production (à chacun selon son travail) et enfin le communisme (à chacun selon ses besoins). Marx considère que la commune a échoué entre la 2ème et la 3ème phase , démontrant ainsi l’échec des théories proudhoniennes.

Engels écrivait en octobre 1884 : « La commune a été le tombeau du vieux socialisme spécifiquement français. Mais elle a été en même temps le berceau du communisme international, nouveau pour la France. »

Tout cela contient l’idée qu’il ne peut y avoir de révolution réussie sans un parti fort, prenant les commandes jusqu’à la phase 3. Cela aura une influence déterminante sur le cours du syndicalisme français, jusqu’à nos jours et sur le rôle qui lui serait dévolu.

L’installation des républicains au pouvoir, officialisera, avec la loi Waldeck Rousseau la reconnaissance officielle des syndicats professionnels, néanmoins, l’obligation de déclarer le syndicat et de donner le nom des responsables restera un frein.

Au plan économique, le développement du chemin de fer et, par voie de conséquence, de la sidérurgie impose des investissements qui ne sont possibles que grâce à l’association de capitaux et au crédit. Avec retard, la France emboîte le pas de l’Angleterre et le capitalisme se structure.

Les ouvriers d’usines deviennent dès lors plus nombreux ce qui tend à constituer une classe sociale plus homogène. Le syndicalisme devient légitime, se construit, et porte le combat collectif dans une logique de lutte de classe et dans un esprit clairement révolutionnaire.

Suite : 1.2.3) Des désaccords sur la stratégie et le rôle du syndicalisme