1.3.1) Une classe ouvrière divisée par la 3ème internationale
Par Jef Blanc-Gras,
décembre 2006 - Evolution des relations sociales
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Mais pendant que le monde se bat, la Russie fait sa révolution derrière Lénine et Trotski. En octobre 1917, les Bolcheviks prennent le pouvoir, déclanchant un immense espoir pour les prolétaires de tous les pays. Marx n’est plus là pour dire ce qu’il en pense, mais en se revendiquant du marxisme léninisme, le parti bolchevik se déclare de fait l’héritier du maître.
En France, la guerre n’empêche pas les grèves, le plus souvent de type revendicatif. Si l’inflation due à la guerre affecte le pouvoir d’achat des ouvriers, elle n’empêche pas les entrepreneurs, assurés du débouché de leur production, de faire des profits énormes. Progressivement ces grèves se politisent, inspirant les plus vives craintes à un gouvernement qui doit gérer tout à la fois une guerre qui s’enlise et les risques de contagion de la fièvre russe.
La 2ème internationale a failli. Elle n’a pas su éviter la guerre et peine à rassembler sur ses cendres. Une troisième internationale naît en 1919 à Moscou, à l’initiative de Lénine. La révolution russe doit se poursuivre par une révolution Européenne. La 3ème internationale se veut l’état major de cette révolution.
Les 21 conditions pour adhérer à la 3ème internationale sont sans équivoque. La question des tendances est définitivement réglée. Le parti est marxiste léniniste, le syndicat courroie de transmission, les réformistes sont identifiés à des sociaux traîtres et la 2ème internationale est qualifiée d’internationale des syndicats jaunes. On ne saurait être plus clair…
Vu d’Europe, la révolution russe représente une réalité tangible, un espoir qui prend corps, un avenir possible. Même les anarchistes, pourtant hostiles aux thèses marxistes seront les premiers à adhérer à la 3ème internationale, acceptant le principe de la dictature du prolétariat si elle est momentanée… Mais il paraît évident, a posteriori, que les termes même de la 3ème internationale portaient en germe des scissions, eu égard à la culture même du mouvement ouvrier français et aux exigences d’autonomie mainte fois répétées.
La première scission sera celle du parti. La SFIO éclate au congrès de Tours en 1920. Les tenants de la 2ème internationale sortent minoritaires et maintiennent la SFIO, tandis que les majoritaires créeront le Parti Communiste Français. L’année suivante, la CGT tient son congrès à Lille. Jouhaux sort majoritaire. L’esprit de la charte d’Amiens est sauf. La CGT maintien son autonomie par rapport aux partis. Peu de temps après, la minorité créera la CGTU (CGT Unifiée), adhérente à la 3ème internationale et se plaçant de fait sous la dépendance du PCF. En 1923, les anarchistes quittent la CGTU pour créer la CGTSR (CGT Syndicalisme Révolutionnaire) dont on n’entendra plus guère parler. Le courant anarcho-syndicaliste aura fini de marquer l’histoire en France.
Il nous faut tout de même, à ce stade, parler un peu de la CFTC qui naît en 1919 et se développe, surtout parmi les employés. Si elle rejette toute participation à des grèves à caractère politique, elle n’exclut pas pour autant le recours aux arrêts de travail quand elle n’obtient rien par la négociation. Face à la crise, elle développera sa propre analyse (le « Plan de la CFTC »), qui s’inspire des thèses keynésiennes. « Il n’est pas question d’économie dirigée mais de réglementation de l’économie, d’organisation de la surveillance des marchés, de contrôle du crédit, cela grâce à un Conseil national économique, organisme de droit public, paritaire et permanent, constitué des patrons, des travailleurs, des usagers, des représentants des collectivités locales et des pouvoirs publics ».
En 1936, la CFTC en s’impliquant dans le mouvement, y compris dans les occupations d’usine, gagne une légitimité dans le monde ouvrier.
Il reste alors dans le mouvement ouvrier deux tendances : les communistes (CGTU et PCF) et les réformistes (SFIO et CGT auxquels on peut adjoindre la CFTC). Ces deux tendances n’ont pas la même conception du rôle du syndicat.
Les années qui vont suivre ne seront pas propices globalement au syndicalisme. Les divisions pèseront et les rapports seront rugueux entre les protagonistes, jusqu’au sursaut de 1936 avec l’arrivée au pouvoir du front populaire, les grandes grèves et les avancées sociales que l’on connaît.

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