2.1) Du keynésianisme au capitalisme d’Etat garant des garanties collectives
Par Jef Blanc-Gras,
décembre 2006 - Evolution des relations sociales
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La grande crise aura, pour un temps, mis une sourdine sur les théories néo-classiques en vigueur dans le monde industriel. La loi des débouchés de Jean-Baptiste Say selon laquelle l’offre créait la demande est contredite par les faits. L’homo oeconomicus n’est pas forcément rationnel, ce qui supposerait une capacité à juger et à anticiper parfaitement. Au contraire, pour Herbert Simon , la rationalité est limitée. Dès lors, le bel équilibre général de Walras et Pareto peut être mis en cause.
La perte de confiance, comme l’optimisme exagéré peut déclancher des effets en cascade totalement irrationnels. Le gonflement et l’éclatement de la bulle Internet en sont la preuve récente.
Pour les néo classiques, toutes interventions extérieures, de nature à influer sur les règles de la concurrence pure et parfaite sont à proscrire, les situations de déséquilibre n’étant que passagères et la régulation se faisant d’elle-même à plus ou moins long terme. Ce à quoi Keynes répond ironiquement : « A long terme nous serons tous morts… »
Pour Keynes, dans ces phases de déséquilibre, l’Etat a le devoir d’agir en stimulant la demande. De même Keynes démontre que l’équilibre des néo classiques peut tout à fait être l’équilibre du sous-emploi et que l’Etat par son action peut, grâce à un phénomène d’itérations successives orienter l’économie vers le plein emploi. On passe donc de l’Etat dans son rôle régalien à l’Etat dans un rôle d’acteur économique assurant la régulation par des politiques d’investissement (grands travaux), par des aides ponctuelles à la consommation et par une action sur les taux d’intérêts. Pour cela, l’Etat doit accepter un déficit du budget pour relancer l’économie, la croissance qui s’en suit devant lui permettre de retrouver l’équilibre.
Les politiques économiques qui suivront la crise sont largement d’inspiration Keynésienne, à l’instar du « New Deal » de Roosevelt aux Etat-Unis et de l’application, dès 1937, des théories de Keynes en matière de déficit budgétaire.
Mais la France de l’après guerre n’est pas les Etats-Unis pour qui la gestion de la crise est avant tout pragmatique. Les idées keynésiennes qui y seront mises en œuvre sont portées par plus d’idéologie. C’est la gauche, dans la tradition de la lutte des classes, qui est devenue majoritaire. Toutefois, le rôle de régulateur social de l’État est porté par des personnalités politiques comme André Philip, Pierre Mendès-France ou encore Jean Monnet ainsi que par des dirigeants du MRP et dans certains milieux gaullistes.
Le PCF, qui participe au gouvernement, n’est certes pas devenu keynésien, pas plus d’ailleurs que les keynésiens ne devinrent marxistes. Mais les nationalisations répondent à ses revendications et la nécessaire relance de la production justifie que la tendance communiste de la CGT, majoritaire, mette sous le boisseau ses revendications salariales.
Les nationalisations donnent à l’Etat un statut nouveau. Avec 6 millions d’employés, il devient le 1er patron instaurant ainsi le 1er capitalisme d’Etat . Pour la CGT et le PCF, ce patron doit être un modèle qui apportera de l’eau au moulin de la révolution. D’un côté un secteur privé avec des salaires bas, des conditions de travail difficiles, le spectre du chômage, de l’autre, le secteur public ou nationalisé avec une progression de carrière et la garantie de l’emploi. Pour les fonctionnaires, à l’initiative d’un ministre communiste, est mis en place le statut de la fonction publique. Une revalorisation des traitements et le droit de grève est instauré.
La mise en œuvre du programme du CNR (Conseil National de la Résistance) va de fait apporter des évolutions sociales majeures, tant du point de vue de l’amélioration de la condition des salariés que du point de vue structurel. Les rapports sociaux s’institutionnalisent.
C’est la création des CE (Comité d’Entreprise) avec non seulement une mission de gestion des œuvres sociale mais aussi de contrôle de la gestion économique de l’entreprise. Les élections se feront du reste sur des listes présentées par des syndicats déclarés représentatifs, ce qui exclu de fait les « syndicats jaunes ».
C’est aussi, bien sûr, la mise en place de la sécurité sociale, gérée paritairement selon le modèle de Beveridge . Plus largement, c’est la mise en place du Plan, revendiqué de longue date par la CFTC et une partie des réformistes.
Mais c’est surtout l’inscription dans le préambule de la constitution de 1946 de principes majeurs :
- Le droit du travail
- Le droit de grève
- Le droit syndical
- Le droit à la négociation collective
- Le droit au contrôle de la gestion de l’entreprise
Suite : 2.2) Lendemains de guerre difficiles… l’acteur collectif se divise

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