Préambule
Par Jef Blanc-Gras,
décembre 2006 - Evolution des relations sociales
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Avant de commencer ce travail de mémoire, je souhaiterais me situer par rapport à l’objet de mon étude. Mon point de vue ne pourra être tout à fait neutre compte tenu de mon vécu et de mon implication dans les relations sociales tout au long de ces trente dernières années. Je tenterai, néanmoins d’être le plus objectif possible.
Je suis devenu militant syndical en 1975, à une époque ou l’engagement était, avant tout, idéologique. Dans mon administration, aux PTT, nous sortions d’un conflit long qui portait sur le statut de « l’entreprise » et le refus de la privatisation. Depuis, France-Télécom a connu bien des évolutions et j’ai pu mesurer, en tant qu’acteur, les impacts des divers changements sur les relations sociales.
Nous sommes passés en 30 ans, de la gestion bureaucratique, propre à une administration, à une gestion d’entreprise privée, dans un contexte particulièrement mouvant. Nous sommes passés d’un face à face entre l’Etat et les organisations syndicales, à un jeu de rapports de force plus complexe et plus subtil. Dans le premier schéma, l’Etat était sensé représenter l’intérêt général et les organisations syndicales se devaient de représenter l’intérêt collectif des agents. Ces relations étaient, néanmoins, fortement teintées d’idéologie, de part et d’autre… Dans le second schéma, d’autres acteurs se sont invités : l’actionnaire et le client, tandis que l’Etat s’effaçait. Ces deux nouveaux acteurs fonctionnent sur une logique propre avec leur propre rapport de force. Ils sont de moins en moins sensibles à la notion de long terme et de plus en plus imprévisibles.
Pour le syndicaliste que je suis, ces évolutions ont fait naître plus d’interrogations qu’elles n’ont apporté de réponses. D’un coté, des mutations liées à des évolutions technologiques mais aussi à une déréglementation plus idéologique, ont bouleversé les contours du monopole public,, de l’autre une évolution des aspirations des salariés à plus d’individualisme, à moins de collectif, a modifié le rapport au travail.
Les mutations de l’entreprise ont conduit à abandonner la notion de service public au profit d’une approche marchande. Cela a généré pour les agents une perte de repères et une remise en cause profonde de leur identité.
L’aspiration à plus d’individualisme a été mise à profit par les dirigeants pour favoriser l’acceptation des changements. L’administration était un frein dont il convenait de s’affranchir pour pouvoir enfin reconnaître chacun à sa juste valeur, lui permettre de devenir acteur puis actionnaire de son entreprise.
Le syndicaliste de terrain est sensé traduire en revendications les aspirations des salariés. Pour cela il se livre à un travail de synthèse permettant de donner une cohérence aux revendications, un sens qui soit conforme à des valeurs affichées et partagées, afin d’obtenir l’adhésion, première étape de la mobilisation et du rapport de force. Or, j’ai pu constater que cette tâche était de plus en plus délicate à réaliser tant il était difficile de cerner les aspirations réelles des salariés, partagés entre l’envie de traiter seul et le souhait d’être protégés par le collectif.
Dans ce contexte, les organisations syndicales peinent à donner du sens à une action qui s’inscrit surtout en défense. Elles sont plus enclines à répondre par la surenchère et la démagogie, à la défense de situations acquises, qu’à accepter le troc d’anciens acquis mortifères contre de nouveaux acquis plus conjoncturels, d’autant que la concurrence pousse plutôt à revoir le social à la baisse. Néanmoins, cette réponse attendue ne fait-elle pas naître au final plus de défiance que de confiance et ne pousse-t-elle pas vers les extrêmes ?
Le 21 avril 2002 a été pour moi un électrochoc. Le permanent syndical que j’étais, a souhaité à la fois prendre du recul et revenir plus prêt du terrain. Cela s’est traduit par la reprise d’une activité professionnelle et par le suivi d’études universitaires. Mieux comprendre les aspirations complexes des salariés et vivre en direct les évolutions du travail mais aussi prendre le recul nécessaire pour interroger la théorie, l’histoire des relations sociales, essayer de donner du sens et percevoir des réponses possibles. Vaste chantier…
C’est dans cet esprit que se situe mon travail de mémoire.

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