La CFDT fut sans doute l’organisation qui pris la première le virage, sans ménagement pour ses militants.

Après avoir accompagné l’élargissement du PS, aidant Michel Rocard à y développer les idées d’une deuxième gauche, cette organisation « a acquis assez rapidement la conviction que la crise économique ouverte en 1973 était là pour longtemps et qu’elle surévaluait la solution politique ». Cela la conduisit, dès 1978, à la suite de la rupture du programme commun de la gauche et de son échec aux élections législatives, à réorienter son action. On parla en externe de recentrage et en interne de resyndicalisation. Pour J-M Pernot : « La CFDT décida alors de promouvoir une voie nouvelle, cherchant « hic et nunc » à imposer une transformation par la négociation avec le patronat, acteur auquel le syndicalisme est par nature confronté. »

Les différents courants d’extrême gauche, qui avaient largement infiltré l’organisation après les événements de 68, résistèrent à cette réorientation mais l’idée de faire face à la réalité n’était pas pour déplaire à la majorité des militants. Pour Jacques Bass « C’est l’une après l’autre toutes les conceptions traditionnelles du mouvement ouvrier qu’il a fallu revisiter et soumettre au crible de la critique de l’économie, du rapport au politique, des transformations du salariat, des objectifs et des formes de l’action etc… ».

La négociation collective finit par s’imposer comme une valeur de référence conduisant à valoriser le contrat par rapport à la loi. Le souci du pragmatisme poussait à obtenir des résultats par la négociation, ici et maintenant, bousculant des tabous pour imposer des réformes structurelles, jugées indispensables. Face aux résistances naturelles aux changements, la CFDT se mit en avant, assumant les risques. Tout cela ne favorisa pas l’action unitaire et conduisit davantage à un isolement de la centrale qualifiée d’ultraréformiste.

Devenir l’interlocuteur privilégié fut aisé. L’immobilisme de FO, la lente évolution de la CGT, rendaient la CFDT réformiste, incontournable. Elle mit ce rapport de force au profit de réformes structurelles dont elle fut l’inspiratrice. Le Plan Juppé n’était que la reprise des propositions de la CFDT sur l’assurance maladie. Mais s’impliquer dans une réforme, la porter, l’assumer n’est pas chose facile quand on est isolé, surtout quand on se positionne sur un terrain défensif qui impose que le compromis soit fait de concessions sur l’existant… Cette attitude de la CFDT lui valut de nombreux départs de militants, qui, dans un premier temps créèrent les syndicats SUD puis, après l’épisode des retraites, allèrent grossir les rangs de l’UNSA, de la CGT ou encore de la FSU. Dans le même temps, depuis 1988, la CFDT poursuit une politique de développement volontariste qui s’est soldée par un accroissement des effectifs pendant 14 années consécutives. L’organisation annonçait avoir dépassé en 2002 son score historique de 1976. Mais depuis 3 ans la tendance est repartie à la baisse, dans un premier temps, dans la fonction publique pour cause de désaccord sur les retraites, dans un deuxième temps pour cause de papy boom.

Suite : 1.3.4) Les autres organisations