3.4.1) Une partition des rôles héritée de l’histoire
Par Jef Blanc-Gras,
décembre 2006 - Evolution des relations sociales
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Traditionnellement, en France, les rôles sont répartis entre les organisations syndicales et les employeurs selon un schéma tacite : aux premières le revendicatif, essentiellement quantitatif, aux seconds la gestion économique de l’entreprise, l’organisation du travail et la gestion des ressources humaines.
Si nous prenions pour image la conduite automobile, assimilant l’entreprise à un véhicule, nous dirions que la direction dispose du volant et des pédales, tandis que les syndicats n’auraient accès qu’au frein à main. Or, tout le monde sait que l’usage du frein à main sur un véhicule en marche n’est pas sans risque, surtout si l’on ne maîtrise pas les autres instruments de conduite… Bien sûr, les syndicats peuvent toujours demander, avec véhémence, aux dirigeants de changer de trajectoire, de ralentir, voire de s’arrêter pour s’assurer de l’itinéraire, mais nous restons dans le domaine de la suggestion, plus ou moins appuyée, avec la menace d’utiliser le frein à main comme rapport de force. Mais comme le but d’une entreprise est d’avancer et pas de s’arrêter, le frein à main est souvent une option sur le véhicule.
Si syndicats et patronat disposent d’un même rétroviseur, leur permettant d’avoir les mêmes données sur le passé, tous n’ont pas le même professionnalisme pour interpréter ces données. Par ailleurs, seule la direction connaît véritablement la destination et décide de l’itinéraire. Il reste, bien sûr, aux syndicats la possibilité de faire expertiser le véhicule (pouvoir du CE) et de faire sanctionner le non-respect du code de la route (recours judiciaire).
Tant que nous étions sur une logique de lutte de classe, les choses étaient claires. L’objectif syndical était de se débarrasser du chauffeur pour prendre sa place aux commandes et changer littéralement de direction. Pour cela il fallait construire le frein à main le plus efficace possible pour arrêter la machine. De toute façon le virage à prendre était trop serré pour pouvoir être négocié. Le risque d’accident était assumé pleinement puisqu’il pouvait être salutaire.
Mais si l’on admet la logique de l’économie de marché, logique peut contestée aujourd’hui, alors il faut dépasser la politique du frein à main pour passer à la politique du copilote. Si l’entreprise a la place dans la société que prétend le MEDEF, alors, les salariés et les pouvoirs publics doivent pouvoir accéder au poste de pilotage pour pouvoir conduire leur destiné : « Les entreprises entretiennent des liens avec une multitude d’acteurs : salariés, clients, fournisseurs, pouvoirs publics, collectivités locales... L’entreprise trouve, dans le développement durable, l’occasion de prendre en compte les aspirations de la société et d’affirmer sa volonté de contribuer à l’amélioration du mieux être collectif ».
Quoi de plus légitime que de vouloir savoir où on va et comment on y va, quand il s’agit de son avenir.
Suite : 3.4.2) S’impliquer dans la gestion économique de l’entreprise

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