C’est en fait en 1762, pendant le siècle des lumières, que nous ferons démarrer notre histoire, avec la parution d’un ouvrage majeur qui marquera notre culture politique : « le contrat social » de Jean-Jacques Rousseau. De quoi est-il question alors ? En fait, pour Rousseau, puisque c’est la société qui corrompt l’homme, il convient de penser une société nouvelle, idéale, qui garantirait à l’homme la liberté. Pour cela il imagine un contrat social.

On peut ainsi lire dans le Livre 1 Chapitre IV : du pacte social : « Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale; et nous recevons en corps chaque membre comme partie indivisible du tout »

De même dans le Livre 2 chapitre III : « Si, quand le peuple suffisamment informé délibère, les citoyens n'avaient aucune communication entre eux, du grand nombre de petites différences résulterait toujours la volonté générale, et la délibération serait toujours bonne. Mais quand il se fait des brigues, des associations partielles aux dépens de la grande, la volonté de chacune de ces associations devient générale par rapport à ses membres, et particulière par rapport à l'Etat ; on peut dire alors qu'il n'y a plus autant de votants que d'hommes, mais seulement autant que d'associations. Les différences deviennent moins nombreuses et donnent un résultat moins général. Enfin quand une de ces associations est si grande qu'elle l'emporte sur toutes les autres, vous n'avez plus pour résultat une somme de petites différences, mais une différence unique ; alors il n'y a plus de volonté générale, et l'avis qui l'emporte n'est qu'un avis particulier. »

Voilà dessiné pour longtemps l’image de l’intérêt général qui ne peut être que le fait de l’Etat et qui n’admet aucun corps intermédiaire, aucun groupe de pression représentant une somme d’intérêts particuliers.

Dans ce premier chapitre nous verrons en quoi les principes révolutionnaires s’opposent pour longtemps à la prise en compte de l’intérêt collectif (1.1). Nous aborderons ensuite la naissance du syndicalisme et la difficulté qu’il éprouve à se distinguer du parti politique (1.2). Nous examinerons enfin le rôle des trois acteurs traditionnels dans les relations sociales que sont l’Etat, le patronat et la classe ouvrière (1.3).

Suite : 1.1) Quand la révolution des droits de l’homme s’oppose à l’émergence des droits collectifs