Notre objectif, lors des entretiens, était donc de vérifier que les responsables syndicaux étaient réticents à s’engager sur des négociations et des accords portant sur les règles de gestion et plus largement sur tout ce qui touche à la gestion de l’entreprise, de crainte d’en porter la responsabilité devant les salariés.

Nous avons articulé la restitution des entretiens autour de 4 thèmes :

  • Les enjeux pour les syndicats, autour de notre problématique et les postures imposées (3.2.1)
  • Les règles du jeu du dialogue social (3.2.2)
  • Les attentes supposées des différents acteurs (3.2.3)
  • Les évolutions pressenties dans la décennie (3.2.4)

La problématique ayant été présentée, certains militants ont souhaité réagir en amont.

Le problème de la représentativité a été mis en avant comme un problème majeur, lié à l’histoire certes, mais qui serait entretenu volontairement. La multiplication des syndicats affaiblit de fait leur poids dans les négociations. Cette faiblesse de la représentativité pourrait aussi trouver ses origines dans le système éducatif qui, à aucun moment, n’aborde le rôle et l’intérêt des syndicats. Globalement, les salariés entrent dans le monde du travail sans avoir aucune connaissance des institutions ni de leurs droits. On apprend à travailler, à être productif mais pas à se défendre dans la relation de travail.

« Le syndicat n’a-t-il pas un rôle essentiel, comme le médecin ou l’avocat ? Si l’on parle beaucoup de dialogue social, rien n’est fait pour banaliser le fait syndical. Dans les PME/TPE, le syndicat est présenté comme le diable, le fossoyeur de l’entreprise. Alors c’est vrai qu’il y a un problème de représentativité, de légitimité à parler au nom des salariés et à penser une cogestion de l’entreprise. La priorité c’est de faire en sorte que les syndicats en France acquièrent une véritable légitimité » (CFDT)

Pour ce responsable de la CGT, la dichotomie entre individuel et collectif n’est pas aussi évidente et ce serait une erreur que d’opposer individuel et collectif.

« Le syndicat a vocation à s’occuper à la fois du collectif et de l’individuel. Même si l’aspect individuel paraît plutôt lié à la défense, il importe de construire l’approche collective à partir des individus, à partir de la somme de leurs aspirations individuelles en mettant en évidence, et ce n’est pas toujours facile, que la solution collective sera toujours préférable à une somme de solutions individuelles qui divisent et isolent les salariés et n’apportent aucune garantie dans le temps ».

Cet autre militant CFDT se reconnaît dans l’approche proposée et précise que, d’après lui, l’employeur souhaite le moins de règles possible.

« Pour France-Télécom, l’objectif est de sortir le plus vite possible des règles de la fonction publique, afin de pouvoir traiter les fonctionnaires comme des contractuels. L’objectif n’est donc pas d’inventer des règles propres, adaptées à l’entreprise et à sa culture, négociées avec les syndicats, mais de se caler sur ce que font les autres, donc de se référer à la convention collective comme à la seule norme ».

Suite : 3.2.1) Des enjeux pour les syndicats aux postures imposées