• Qu’attendent les salariés des syndicats ?

Cette question est en fait transversale et peut être reliée à notre troisième hypothèse. Il nous a toutefois semblé opportun d’analyser la représentation qu’ont les syndicats de ce que les salariés attendent d’eux. Dans un pays où le taux de syndicalisation est faible, les positionnements syndicaux sont fortement influencés par les salariés, parfois autant, voire plus que par les adhérents.

Une certaine unanimité se fait sur le fait que les salariés seraient de plus en plus sur des demandes ponctuelles, très individuelles.

« En fait ils attendent tout et rien. Ils attendent tout du syndicat quand ils en ont besoin pour eux même sinon ils n’en attendent rien ». (CFDT)

Ces propos sont tout de même pondérés et il convient, semble-t-il, de différencier plusieurs catégories de salariés. Dans le secteur non protégé, comme les centres d’appels prestataires dont ce militant à la charge dans sa fédération, les salariés sont en demande de règles et souhaitent que les syndicats construisent des garanties collectives. Il note d’ailleurs que si les salariés sont demandeurs, on peut construire avec eux.

A France-Télécom où se côtoient deux catégories de personnel, il est souligné deux attentes différentes. Pour les fonctionnaires, c’est plutôt plus de justice et d’équité, en référence aux règles anciennes. Les cadres, nous dit-on, sont menacés par les réorganisations permanentes et attendent des syndicats des règles collectives de mobilité qui les protègent contre l’arbitraire. Les non-cadres seraient plutôt préoccupés par les carrières et par le fait qu’avec les réorganisations et les changements de métier ils sont toujours en apprentissage et ne peuvent prétendre aux promotions. Pour les contractuels, la notion de règle aurait moins d’importance, en revanche ils sont plus exigeants, n’étant pas attachés à l’entreprise. Le syndicat peut être un moyen mais ils l’assimilent plus à un prestataire de service.

Il est également noté que les attentes des salariés sont liées à la culture de l’entreprise.

« Les salariés d’EDF ont une attente très “ alimentaire “ car ils savent que leur syndicat a beaucoup de poids dans la gestion de leur quotidien. Dans d’autres entreprises ils délèguent au syndicat la gestion de leur contrat de travail ». (CGT)

Nous noterons que la CFTC en réponse à ces attentes développe 2 approches complémentaires du syndicalisme :

« Nous préconisons un syndicalisme de branche, garant d’un statut des travailleurs, assurant une continuité de droits et de devoirs déconnectés de l’entreprise, pour répondre à des carrières discontinues et un syndicalisme très individuel, attaché à la personne qui serait, en quelque sorte, un syndicalisme de services. »

  • Qu’attendent les directions de la part des syndicats ?

Cette question, comme la précédente est transversale. Elle renvoie à notre deuxième hypothèse. L’intérêt est ici de savoir comment les syndicats perçoivent les attentes de la direction sachant que cette représentation a une incidence sur leur positionnement propre.

Globalement les syndicalistes apparaissent très critiques par rapport au rôle qu’ils considèrent que les employeurs leur prêtent. Les plus réformistes ne le sont pas moins, parlant d’accompagnement des décisions favorables à l’augmentation des dividendes (CFDT) et même de « cogestion absolue » avec partage des objectifs (FO). Il serait attribué aux syndicats le rôle de communication sur les enjeux des réformes et sur les contreparties, ce qui relève de la confusion des rôles (CGT).

« France-Télécom attend des syndicats réformistes qu’ils entérinent la politique de l’entreprise et qu’ils signent. Cela ne peut que conforter les tenants de la lutte de classe ». (CFTC)

« Apparemment, la direction a du mal à comprendre que les syndicats réformistes ne s’engagent pas dans les faibles marges de manÅ“uvre qui leur sont offertes, allant même jusqu’à leur reprocher leur incohérence… ». (CFDT)

L’idée d’une relation gagnant/gagnant semble écartée à France-Télécom, même si elle demeure une possibilité dans d’autres entreprises du secteur. Il est souligné enfin que dans de nombreuses entreprises, les employeurs attendent surtout des syndicats qu’ils ne soient pas présents…

  • Semblent-elles prêtes à une autre partition des rôles ?

Il y a une belle unanimité de l’ensemble des militants interrogés pour dire qu’ils ne croient pas à un changement de cap de la part de leur employeur. Ils estiment ne pas être considérés comme des partenaires et pensent que France-Télécom a plutôt tendance à les contourner.

« Les syndicats réformistes sont des entraves car ils veulent toujours négocier. Finalement, les directions préfèrent négocier avec les protestataires sous la contrainte. Leur principale crainte, toutefois, c’est que le mécontentement social puisse avoir une répercussion sur le cours de la bourse ». (CFTC)

  • Le poids des clients et des actionnaires ?

L’objectif de la question était d’apprécier comment l’apparition récente à France-Télécom des deux nouveaux acteurs que sont les clients et les actionnaires était appréhendée par les syndicats et en quoi cela pouvait avoir une influence sur leur implication dans la gestion de l’entreprise.

Il est à ce sujet souligné toute l’importance des accords de branche dont l’objet est d’éviter un dumping social dont les clients deviennent alors les arbitres. Il y a sur ce sujet une contradiction évidente entre l’intérêt individuel du consommateur et l’intérêt collectif des salariés que le syndicat doit défendre. Le travail du dimanche est une contrainte pour le salarié est peut être une opportunité pour le consommateur qui, nous dit-on, comprend néanmoins la fermeté des syndicats sur ce point.

Des pistes sont effleurées, comme l’épargne salariale gérée par les syndicats pour faire le pendant des fonds de pension et les agences de cotation sociale permettant d’éclairer les salariés actionnaires et les consommateurs...

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