3.3.4) Les évolutions pressenties pour la décennie
Par Jef Blanc-Gras,
décembre 2006 - Evolution des relations sociales
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- Quelle évolution des relations sociales et du rôle des acteurs depuis 1990 ?
Cette question a été posée à l’ancien DRH groupe. L’objectif était de savoir comment, à son niveau, il appréciait cette évolution et quels enseignements il en tirait.
Globalement, pour lui, on ne progresse pas de manière linéaire mais par saut. Il y a des moments où on franchit une marche puis on s’ajuste.
« Malgré la relative faiblesse du syndicalisme militant, j’ai toujours été extrêmement frappé qu’aucun de ces sauts de transformation n’ait été possible sans qu’au moins une OS ne donne la vision qu’elle acceptait le « deal ». Ce fut le cas de la CFDT en 90 (changement de statut contre réforme sociale) puis de FO en 96 (Passage en SA contre CFC). La transformation de 2004 est plus ténue. Il y a une forme d’acceptation plus collective et moins affichée (statut de fonctionnaire contre passage de l’Etat au-dessous de la barre de 50%). »
Pour Bernard Bresson, cela paraît assez cohérent sur l’ensemble de la période. Il y a un équilibre et un fil conducteur. Dans les négociations de 90, les évolutions se sont faites contre des garanties liées aux nouveaux grades. En 96, avec le CFC c’était la possibilité pour les plus anciens de partir plus tôt, contre la possibilité pour l’entreprise d’opérer de nouvelles embauches de jeunes sur de nouveaux métiers et parallèlement la possibilité offerte aux salariés de devenir actionnaires de leur entreprise. En 2004, c’est encore des évolutions contre la garantie de rester fonctionnaire. Il y a donc à chaque fois un « deal » : évolution contre garanties.
Mais Bernard Bresson reconnaît que le passage aux frais réels pour les services techniques a été l’occasion d’une évolution des relations sociales sur le terrain.
En 1998, L’entreprise F-T décide d’en finir avec le système de frais de déplacements au forfait. Une première étape avait été franchie, sans heurt, quelques années auparavant avec le passage des cadres aux frais réels. Il faut dire que dans cette catégorie la CFDT est première organisation et que les syndicats réformistes sont majoritaires.
L’exercice apparaissait périlleux car il s’agissait de rompre avec une certaine tradition. Les services concernés étaient des services techniques. L’indemnitaire constituait un complément de salaire déguisé qui avait servi à maintenir une certaine paix sociale au prix il est vrai d’une iniquité flagrante.
La CFDT et les syndicats réformistes revendiquaient un traitement identique à celui des cadres, mais étant minoritaires dans ce milieu ils ne pouvaient garantir la paix sociale. Les syndicats CGT et SUD revendiquaient des augmentations en point d’indice par une forme d’intégration des indemnités dites coutumières dans le salaire et il était notoire qu’elles n’accepteraient aucun compromis.
Dès lors, F-T fit le choix d’aller à l’épreuve de force, non sans avoir habilement isolé les services techniques en annonçant qu’elle ne ferait pas d’économie mais qu’elle entendait instituer une prime de départ à la retraite pour tous grâce aux sommes récupérées.
Dans les faits le choc frontal ne fut pas celui redouté. On peut faire l’hypothèse que la CGT au coude à coude avec SUD n’a pas souhaité élargir un mouvement qui pouvait lui échapper. Toujours est-il que cet épisode a marqué les esprits et que le passage en force s’est développé, réduisant nettement l’influence des syndicats réformistes…
- Quelles évolutions prévisibles des relations sociales dans la décennie ?
Comme pour les acteurs syndicaux, nous avons souhaité savoir comment les responsables de F-T voyaient l’avenir des relations sociales dans l’entreprise et au-delà , le cas échéant.
Nous pouvons dire, sans grossir le trait, que les responsables de F-T ne se montrent pas plus enthousiastes que les responsables syndicaux quand on évoque l’avenir.
Parmi les responsables interrogés, un seul se déclare optimiste, par nature, ajoutant néanmoins « …de toute façon on ne peut pas descendre plus bas… ». Un autre parle se « situation bloquée » indiquant que « le futur reste à inventer sans pour cela que l’imagination et la bonne volonté soient au pouvoir ».
Une DRH d’Unité reproche aux syndicats de ne pas mener les bons combats.
« Les cibles ont changé, il faut désormais s’interroger sur l’évolution des métiers, la localisation des emplois, les évolutions à longs termes… Les syndicats restent sur des attitudes qui datent du siècle dernier, toujours en réaction et rarement en force de proposition ».
Cet ancien directeur d’Unité est plutôt préoccupé par une absence de lisibilité dans l’action syndicale :
« Ce que j’observe, c’est une montée des individualismes, et un regroupement de salariés, à l’occasion de conflits ou d’intérêts communs ; sans ligne « politique »… de plus, avec le départ des “ militants historiques “, les nouveaux sont moins nombreux et moins impliqués ».
Un DRH nous dit ne pas être optimiste, au-delà de F-T sur l’évolution du pays. Il évoque le « syndrome du village gaulois ». Selon lui nous serions sur l’image d’une puissance passée.
« Nous allons dans le mur mais en plus nous accélérons et nous klaxonnons ».

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