Le fait le plus marquant dans les réponses des salariés est qu’à aucun moment n’apparaît un esprit de lutte de classe. On parle plus volontiers de pragmatisme et de compromis.

Les salariés ne sont plus sur une attente de règles égalitaristes mais veulent effectivement être reconnus pour ce qu’ils sont et pour ce qu’ils font. Le n+1 apparaît comme le pivot du système. Le directeur est loin et on estime, confusément, que s’il était plus proche, s’il voyait le travail, les difficultés rencontrées, alors il y aurait plus de reconnaissance.

Si globalement l’image du syndicat est plutôt bonne, le syndicalisme ne fait pas partie de la culture de cette population.

Notre hypothèse se fondait sur une population connue, de fonctionnaires, plus anciens, sur des métiers de back office. Elle n’est qu’en partie confirmée par les réponses que nous avons pu recueillir auprès d’une population jeune, contractuelle, sur les métiers de la vente.

L’attente des organisations syndicales, comme rempart contre l’arbitraire, est plus floue. Il semble qu’il n’y ait pas spontanément d’attente collective, tellement la distance culturelle avec l’acteur collectif est importante. L’attente est plus individuelle, plus en lien avec le DP, plus dans la médiation informelle et discrète. Il faut noter que les contractuels comptent d’abord sur eux pour garantir l’équité, surtout par crainte que le syndicat manque de discrétion.

Pour autant, le fait de négocier individuellement, pour des salariés pourtant aguerris, de par leur métier, aux techniques de négociation, n’apparaît pourtant pas comme une évidence, tant par la faiblesse des marges de manœuvre que par le déséquilibre du rapport de force. Il peut paraître surprenant que cette population soit davantage en attente de règles précises négociées avec les syndicats. Il faut, à ce sujet, faire le parallèle entre, d’une part, la rémunération des contractuels et leurs augmentations essentiellement managériales, et d’autre part, les avancements automatiques d’échelons des fonctionnaires. Il semble bien que beaucoup de contractuels préfèreraient la garantie d’un avancement d’échelon à une reconnaissance plus individuelle dont la logique ne leur paraît pas évidente…

Sur l’exemple précis de la mise en place d’horaires atypiques, il apparaît très nettement une attente ambiguë du rôle des syndicats : qu’ils soient fermes, qu’ils soient pragmatiques, qu’ils n’interviennent que si l’on a pas pu se mettre d’accord entre nous, qu’ils négocient des compensations, qu’ils protègent les plus faibles, qu’ils défendent les aspirations individuelles… C’est là un élément qui conforte notre hypothèse. Le syndicalisme doit être un rempart contre une décision qui pourrait être arbitraire mais en même temps son positionnement, dans le sens d’un intérêt collectif, pourrait aller à l’encontre des intérêts particuliers. S’il y a des volontaires, c’est qu’ils sont intéressés. Si quelqu’un est d’accord pour travailler tous les samedis pourquoi l’en empêcher et instituer un tour de rôle qui constituera une contrainte pour le plus grand nombre. Même si l’on est conscient que le rapport de force permet une meilleure compensation et freine la banalisation d’horaires atypiques.

La particularité d’une entreprise comme F-T, c’est bien le mélange de populations de statuts différents, d’ages différents et de milieux professionnels différents. D’un coté des fonctionnaires plutôt âgés et sur des métiers traditionnels, de l’autre des contractuels plutôt jeunes et sur des métiers commerciaux. Pour les premiers, l’histoire des relations sociales fait partie du patrimoine commun. Pour les seconds elle n’a pas beaucoup de sens et peut même constituer « un boulet ».

Dès lors, le compromis entre des attentes naturellement différentes est difficile et pose un problème majeur aux syndicats.

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